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02 | 07 | 2009

Tribunal - L'ancien comptable de l'Alpea, à Trélissac, détournait une partie du budget à son profit.

216 000 euros pour « un train de vie ordinaire »

Julie Pasquier

« J'étais conscient de ce que je faisais. Je savais que ça allait se voir. J'en ai profité un max. » Yannick Chabeaudie a joué franc jeu, hier, devant le tribunal correctionnel de Périgueux où il était convoqué pour avoir détourné 216 000 euros des comptes de l'Alpea (Association laïque du Périgord pour l'éducation des adolescents). Depuis 2000, il était employé comme secrétaire comptable au sein de cet organisme trélissacois, financé par des fonds publics, qui encadre des ados souffrant de troubles de conduite et du comportement.

L'escroquerie aurait commencé dès 2002. Avant de prendre d'importantes proportions en 2007. Yannick Chabeaudie, 31 ans, piochait de l'argent liquide dans la caisse, utilisait la carte de l'Alpea pour ses achats à Leclerc, effectuait des chèques, au nom de l'association, en imitant les signatures, pour créditer ses propres comptes ou faire quelques courses? En moyenne, il obtenait ainsi entre 6 000 et 7 000 euros par mois, qui s'ajoutaient aux 3 000 euros mensuels qu'ils gagnaient, lui et sa femme.

« Ce n'était pas des flambeurs »

Pourtant, le train de vie du couple et de leurs deux enfants était plutôt banal. Ils étaient locataires d'une maison à Menesplet. Montant du loyer : 680 euros. Ils avaient deux voitures, acquises grâce à des crédits. « Il n'y avait rien d'extraordinaire dans votre mode de vie », relève le président.

En trois ans, le couple s'est offert un voyage de noces d'une semaine à l'Ile Maurice et deux séjours de trois jours à Disneyland. « Rien d'exceptionnel, selon leur avocate. Ce n'était pas des flambeurs ! »

Leurs enfants avaient peut-être un peu plus de jouets que la normale, leurs habits étaient peut-être - trop - régulièrement nettoyés au pressing? mais l'ex-épouse de Yannick Chabeaudie, poursuivie pour avoir profité de cet argent, dit ne s'être aperçue de rien. « Je n'étais pas au courant de ce qu'il faisait, affirme-t-elle. Il était comptable? Je lui faisais entièrement confiance. »

Et si elle émettait des doutes, Yannick Chabaudie coupait court à la conversation. Depuis plusieurs années, les époux ne vivaient plus « en harmonie ». « Aujourd'hui que je dois me débrouiller toute seule, je me dis que j'aurais dû voir quelque chose », assure la trentenaire, divorcée, qui devrait emménager en septembre en HLM.

Des éléments qui laissent perplexe le procureur. « Qu'est-il vraiment advenu de ces 216 000 euros ? », s'interroge-t-elle, se refusant de croire que l'épouse « ne s'est jamais doutée de rien ».

De son côté, Yannick Chabeaudie usait d'une technique « bien huilée ». Maniant constamment les écritures comptables pour tromper les commissaires aux comptes ou experts qui effectuaient les contrôles. Jusqu'à ce mois d'avril 2008, où le contrôleur a repéré une écriture suspecte que le prévenu n'a pas pu justifier. « Il n'a pas fait la manipulation qu'il fallait, note son avocate. Il voulait que ça cesse. »

Hier, le tribunal a suivi les réquisitions du parquet. Condamnant Yannick Chabeaudie à 18 mois de prison dont douze assortis d'un sursis et d'une mise à l'épreuve de trois ans comprenant l'obligation de rembourser l'association. Son ex-épouse a, elle, écopé de six mois avec sursis et mise à l'épreuve de trois ans, durant lesquels elle devra également indemniser l'association.